III – L’AFFOLEMENT! (AILLEURS)


III – L’AFFOLEMENT!

Charles arriva au pas de course à l’urgence de l’hôpital. Affolé, il jeta de brefs coups d’oeil à gauche et à droite, pivota sur lui-même, tout en s’avançant vers l’accueil mais il y avait une ligne d’attente imposante, composé principalement de bébés pleurnichards, la morve dégoulinante et se mêlant à la bave d’une dent frayant son chemin dans leur cavité buccale ; et autres petits pépins du quotidien. Tout ce beau monde n’avait pas sa place à l’urgence, pensa Charles. Il continua à scruter du regard les gens attendant patiemment leur tour dans cette salle portant trop bien son nom mais n’y trouva trace ni de sa douce ni de ses deux rejetons. « Peut-être me suis-je trompé d’hôpital? » Lâcha-t-il tout à coup à voix haute.

– Pardon? Lui demanda le colosse à la peau d’ébène devant lui, dont la fillette aux tresses serrées semblait dormir profondément, la tête appuyée sur les épaules rassurantes de son père.

Charles releva la tête pour découvrir cet homme dépassant les 2 mètres et lui adressant la parole. « Je… Je peux vous aider? » balbutia-t-il

– Mais c’est vous qui avez parlé, se contenta de répondre le colosse avec un sourire en coin

Charles fronça les sourcils d’incrédulité. « Je comprends pas. Je vous connais pas. J’ai pas pu vous parler. Y a erreur sur la personne. »

Tout en lui tournant le dos, le colosse lui jeta un regard faussement contrarié.

– Mais…

– On me parle ou j’entends des voix? Répondit le colosse sans se retourner

Charles promena son regard de la tête aux pieds de cette armoire à glace et se demanda s’il avait bien fait de lui adresser la parole. « Euh, oui, oui. C’est vrai. Je… »

Cette fois, l’homme à la peau d’ébène se retourna tout entier pour lui faire face.

Charles en perdit ses moyens et, la mâchoire légèrement relâchée, il fixa son interlocuteur dans un mutisme hagard.

– Vous savez que vous êtes dans un hôpital pédiatrique ; pas psychiatrique, murmura cet homme à l’oreille de Charles

Ce mot: « psychiatrique », le sortit de sa torpeur.

– Bien sûr que je le sais!

– Mais… — Et le colosse jeta un coup d’oeil autour de lui–, où est l’enfant malade?

– Justement, c’est ça que je voulais vous demander…

Et Charles vit les yeux de son interlocuteur s’agrandir pour laisser découvrir des yeux d’un bleu profond.

– Je me demandais si vous les aviez vus.

– Parce qu’il y a plus d’un enfant?? Questionna le colosse de plus en plus déconcerté  par le comportement de son voisin de ligne

– Monsieur, avancez au guichet 2, svp, s’adressa l’agent de sécurité au colosse d’un ton ferme mais calme

Le colosse détourna l’attention de son voisin pour se rendre au guichet, étape nécessaire avant d’aboutir au triage. Sa fillette, brûlante de fièvre, dormait toujours sans broncher. Quand le colosse eût fini c’était au tour de Charles d’avancer. La fillette aux tresses serrées se révaillait en chignant. Le colosse la déplaça de son épaule pour lui demander si ça allait mieux mais sa fillette fit non de la tête tout en se frottant les yeux. Arrivé devant son voisin de ligne, il lui souhaita bon courage même s’il ne voyait toujours pas d’enfant cherchant son parent autour de lui. Tout comme il s’éloignait en berçant sa poupoune dans ses bras massifs, il continuait à jeter des regards intéressés en direction du guichet. Il voyait Charles gesticuler et l’agent de sécurité s’approcher pour lui ordonner de se calmer. Le colosse hocha de la tête d’incompréhension.

********

– Vous devriez aller manger. C’est un peu long comme test, lui suggéra l’infirmière mais Charlotte hésitait

– Maman! J’ai faim, moi! Lui rappela son beau Mathieu, la suppliant du regard

– Ok. On va y aller, finit-elle par dire. Mais quand prévoyez-vous que ma fille reviendra? S’enquit Charlotte encore une fois. Je voudrais pas qu’elle pense qu’on l’a abandonné.

– Elle ne sera de retour que dans une bonne heure, au moins.

– Bon…

– On y vas-tu? S’impatientait son fils

Tandis que mère et fils arpentaient le couloir les ramenant vers la salle d’attente, tous deux, en leur for intérieur, revivaient les événements les ayant fait aboutir ici.

Mathieu clignait souvent des yeux comme s’il essayait de se débarrasser d’un cil gênant. En réalité, il tentait de chasser ces images qui lui revenaient sans cesse au-devant de ses pensées.  Ce qu’il avait entendu à l’école à propos de cette maladie de filles n’avait rien à voir avec ce qu’il avait vu avec sa sa soeur. Du coup, il se promit de  mettre les filles en garde dès le lendemain, au cas où ça leur prendrait aussi.

De son côté, Charlotte tentait de donner du sens à ce qui était arrivé. Mettre de l’ordre dans le chaos était une priorité. Le vent de panique qui avait pris le dessus plus tôt dans l’après-midi ne se serait pas imposé si elle était parvenue à calmer sa grande fille de 11 ans. Jamais n’aurait-elle cru devoir appeler le 9-1-1 en urgence pour qu’on vienne l’aider à contenir sa fille aux prises à une vive agitation que rien ne parvenait à apaiser. Ses yeux se remplirent d’eau. Elle délaissa la main de Mathieu un instant pour essuyer ses larmes. Celui-ci regarda sa mère en se répétant la chance qu’il avait d’être un gars: jamais ne souffrirait-il de cette horrible maladie de filles qui les faisaient pleurer puis hurler tour à tour. Il se disait que son père aurait dû l’avertir de cette maladie, lui donner les instructions pour se débrouiller avec elles quand ça arrive. À lui aussi, il devait parler. Après tout, il était assez grand pour comprendre ce truc d’adulte.

– Maman…

– Quoi, Mathieu?

– Faudrait que tu pèses sur le bouton qui ouvre la porte si on veux aller manger.

Charlotte s’exécuta et la porte s’ouvrit lentement.

********

Il était passé minuit et il y avait autant de monde dans la salle d’attente que s’il eût été midi et demie. L’arrivée de parents inquiets et de leurs rejetons qui dans leurs bras, qui dans leurs poussettes, ou encore traînant de la patte parce que rempli de sommeil, venait augmenter la cohorte de petits malades dans cette salle où microbes, germes et bactéries s’adonnait à une partouse contaminante.

********

Mathieu tira sur la main de sa mère pour l’inviter à regarder ce qu’il se passait du côté des guichets. Un homme se faisait menotter par un policier tandis qu’un autre prenait des notes à partir des dires de l’agent de sécurité.

– Maman?

– Quoi, Mathieu?

– Pourquoi ils font ça les polices?

– Je sais pas trop. La seule chose qui me vient à l’esprit, c’est que le monsieur est peut-être devenu agité et malpoli avec le personnel.

– Mais… Maman!

– Dépêche-toi, Mathieu, si on veut revenir avant que ta soeur ne revienne de son test.

– Mais… Regarde!

– Regarder quoi, au juste! Répondit Charlie, que l’insistance de son fils agaçait

– Mais… On dirait p…

– CHARLES?? S’écria Charlotte

Elle courut rejoindre son amoureux qui tentait encore de raisonner les policiers.

– Charles! Répéta Charlotte lorsqu’elle rejoignit son amoureux. Qu’est-ce qui se passe? L’interrogeant du regard

– C’est rien, tenta-t-il de rassurer sa douce. Rien de plus qu’un malentendu, rajouta-t-il en dévisageant le policier qui l’avait menotté. Tu… tu pourrais pas dire à ce gentil officier de bien vouloir m’enlever ces menottes, mon amour?  demanda-t-il avec une impatience à peine voilée.

– Vous connaissez cet homme? Demanda le policier qui avait pris des notes

– Ben sûr!

– OUAIS! C’est mon père! Que renchérit le pré-ado dans un élan de colère

Au fond de lui, Mathieu était furieux. Il ne parvenait pas à croire que finalement cette maladie n’était peut-être pas que de filles.

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Lily So signature

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